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Volvo P1900
l’étonnant faux pas du constructeur suédois
Volvo P1900 : certaines voitures deviennent des icônes, d’autres des légendes, et puis il y a celles qui finissent… en anecdote. La P1900 appartient clairement à cette dernière catégorie. Et pourtant, quelle histoire ! Un roadster suédois en fibre de verre qui voulait rivaliser avec la Corvette, un PDG furieux après un essai, un modèle produit à peine plus longtemps que le cycle de fermentation d’un yaourt au lait cru…
Bref, un échec sublime, comme l’automobile en produit parfois, et qui mérite qu’on s’y attarde, ne serait-ce que pour comprendre comment Volvo, le champion de la sécurité, du sérieux et du pragmatisme, a pu donner naissance à un tel ovni. Installez-vous : Je vous raconte la saga de la Volvo P1900, la voiture qui ne devait pas exister… et qui a presque confirmé pourquoi.
Un roadster chez Volvo ? Oui, ça a (vraiment) failli arriver
Nous sommes au début des années 1950. La guerre est derrière, l’automobile entre dans une nouvelle ère. Aux États-Unis, la jeunesse veut des cabriolets qui sentent la liberté, la fibre de verre, et parfois l’essence non brûlée. L’Europe reconstruit, invente et tente d’exporter. Et Volvo, qui fabrique principalement des machines rigoureuses taillées pour le climat nordique, rêve d’aller séduire l’Américain moyen.
C’est là que la direction a une idée aussi brillante qu’improbable : « Et si nous faisions, nous aussi, un roadster léger et sexy pour les États-Unis ? Une Volvo… mais fun. ».
Fun et Volvo dans la même phrase : le projet était déjà ambitieux.
Et pourtant, la marque se lance. Le futur modèle recevra le nom de P1900, un patronyme sobre et technique, dans la pure tradition Volvo : on n’allait pas non plus trop s’amuser.
La Corvette comme muse, la fibre de verre comme solution
À l’époque, un nouveau matériau fait briller les yeux des ingénieurs et des marketeux c’est la fibre de verre, utilisée notamment par Chevrolet pour sa Corvette C1 sortie en 1953. Légère, moderne, moulable… et surtout bien moins chère qu’un travail de tôlerie complexe. Volvo tombe sous le charme et signe un accord avec Glasspar, le spécialiste américain de la fibre, pour apprendre la recette magique.
Résultat : la future P1900 aura une carrosserie entièrement en fibre de verre posée sur un châssis dérivé de la Volvo PV444. Une plate-forme robuste, mais pas vraiment pensée pour un roadster vitaminé. Tant pis, il fallait aller vite, et Volvo n’avait pas l’habitude de faire du sport, encore moins du sport décapoté.
Le moteur ? Le B14A, un quatre cylindres culbuté de 1,4 litre et environ 70 chevaux. Pas mal en 1956 mais pas de quoi chatouiller une Corvette, quoiqu’un peu léger pour l’Amérique où la cylindrée se compte en litres et l’accélération en rugissements.
Un design entre bonne volonté et naïveté charmante
Visuellement, la Volvo P1900 n’est pas laide. Elle n’est pas sublime non plus. Elle est… différente. Un mélange surprenant, presque bricolé, entre les inspirations américaines (long capot, calandre souriante), le classicisme nordique, et des proportions parfois hésitantes. Le résultat ressemble à un roadster venu d’un monde parallèle où la Suède aurait inventé la dolce vita.
L’intérieur, quant à lui, respire une simplicité presque monacale : quelques compteurs, un volant fin, une finition honnête mais spartiate. L’esprit Volvo est là : solide, pas clinquant, un peu austère. Exactement ce qu’attend un client qui cherche un roadster plaisir… n’est-ce pas ? Ben, non …
Gunnar Engellau, le PDG le plus cash de l’histoire de l’automobile
La Volvo P1900 aurait pu être une petite voiture tranquille, fabriquée modestement, adoptée par quelques passionnés. Mais elle a connu un destin autrement plus brutal.
L’anecdote est célèbre et mérite d’être citée telle quelle : en 1956, le PDG de Volvo, Gunnar Engellau, décide de tester personnellement la P1900. Il prend le volant, part sur route, et revient catastrophé. Furieux même. Selon les témoins, il aurait lâché une phrase assassine restée dans l’histoire :
« Nous ne pouvons pas fabriquer une voiture aussi mauvaise. Le châssis se tord comme une alvéole de miel. ». Ambiance.
Difficile, après une telle sentence, d’imaginer la P1900 poursuivre tranquillement sa carrière. Le boss a parlé. Et Volvo ne discute pas avec la sécurité…
Production éclair : l’échec le plus élégant de Volvo
La Volvo P1900 entre en production en 1956. Elle en ressort… en 1957. Oui, moins d’un an. Une carrière plus courte qu’une saison de téléréalité.
Le total des exemplaires produits varie selon les sources, mais la réalité est implacable : 67 unités. Pas 670, ni 6 700 : 67. Autant dire qu’il y a aujourd’hui plus de prototypes d’hypercars électriques que de P1900 originales.
Pourquoi un tel flop ? Plusieurs raisons :
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Un châssis qui pliait trop avec la carrosserie en fibre, inadaptée à la plate-forme PV444.
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Une rigidité générale médiocre, entraînant des comportements approximatifs.
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Un moteur trop modeste pour séduire le marché américain.
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Une qualité de finition perfectible, Volvo n’ayant pas la maîtrise de la fibre.
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Un positionnement flou, trop sportif pour l’Europe, trop timide pour les États-Unis.
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Bref, un produit sympathique mais incohérent, qui n’avait pas vraiment sa place nulle part.
Et pourtant, la Volvo P1900 n’est pas qu’un échec : c’est un jalon
Si l’histoire s’arrêtait là, la P1900 ne serait qu’un bide amusant à raconter entre passionnés. Mais elle a laissé dans son sillage quelques traces importantes. D’abord, elle a forcé Volvo à se recentrer sur ce qu’elle savait faire : des voitures solides, sûres, bien conçues. La P1900 a servi de piqûre de rappel : la fantaisie, c’est bien, mais chez Volvo, elle se dose comme le sel dans les biscuits suédois : avec parcimonie.
Ensuite, elle a permis de nombreuses expérimentations, notamment sur les matériaux composites. Les ingénieurs ont beaucoup appris, parfois dans la douleur, mais ces essais ont ouvert la voie à des développements futurs.
Enfin, la P1900 est devenue… un collector absolu. Avec seulement 67 exemplaires produits, autant dire que chaque unité survivante attire les regards, même si on la reconnaît rarement du premier coup. Posséder une P1900, c’est comme avoir un timbre imprimé par erreur : c’est rare, c’est curieux, et les initiés adorent.
Le charme discret d’un raté magnifique
Soyons honnêtes : la Volvo P1900 n’a rien d’une voiture de sport accomplie. Elle n’a pas révolutionné le design, elle n’a pas marqué la compétition, et elle n’a pas lancé une lignée prestigieuse (même si certains aiment y voir un ancêtre conceptuel de la très réussie P1800, apparue en 1961).
Mais elle fascine. Pourquoi ? Parce qu’elle représente ce moment exquis où un constructeur sérieux se laisse aller à rêver. Un moment où Volvo a voulu jouer dans la cour des roadsters américains, avec des moyens limités mais une envie sincère. Une parenthèse étrange, presque poétique, dans l’histoire d’un constructeur qui ne s’est jamais laissé aller à l’extravagance.
La P1900, c’est aussi une manière de rappeler que l’innovation naît parfois de l’échec. Que les projets audacieux ne réussissent pas toujours, mais qu’ils racontent quelque chose de précieux : une volonté d’essayer.
Et puis, avouons-le : un roadster suédois en fibre de verre, ça a un charme fou. Même quand ça se tord, ça craque et ça tangue. Aujourd’hui : un bijou rare, une valeur sûre pour les collectionneurs avisés
Trouver une Volvo P1900 aujourd’hui relève de la chasse au trésor. Les quelques exemplaires survivants sont soigneusement restaurés, jalousement gardés et régulièrement exposés dans des musées ou des rassemblements où ils attirent immanquablement la curiosité.
Cote ? Difficile à établir, tant les transactions sont rares. Mais une chose est sûre : lorsqu’une P1900 change de mains, elle ne part jamais à petit prix. Et pour cause : vous avez sous les yeux un morceau d’histoire automobile, un prototype presque officiel, une anomalie roulante qui ne ressemble à rien d’autre. Un exemple ? Cet exemplaire blanc cassé vient de changer de mains pour 150.000 euros !
Pour le collectionneur éclairé, c’est une pièce unique, un objet de conversation permanent, et surtout un véhicule qui incarne un pan méconnu de l’aventure Volvo.
Conclusion : la P1900, l’erreur la plus attachante de Volvo
La Volvo P1900 n’a pas été un succès. Elle n’a pas été comprise, ni vraiment aimée, ni réellement désirée. Mais elle a existé. Et c’est précisément ce qui la rend intéressante.
C’est un chapitre inattendu dans l’histoire rigoureuse et froide du constructeur suédois. Une tentative sincère de jouer la carte du plaisir, de l’exubérance, du roadster à l’américaine. Une parenthèse courte, mais savoureuse. Et finalement, un témoignage précieux de ce que Volvo était capable (ou incapable) de faire dans les années 1950.
Alors oui, la P1900 est un flop. Mais un flop noble, attachant, audacieux. Le genre qui mérite aujourd’hui qu’on s’y attarde avec bienveillance, sourire en coin, et une grande admiration pour ceux qui ont tenté l’aventure. Parce qu’au fond, l’automobile n’est pas faite que de réussites éclatantes. Elle vit aussi grâce à ses erreurs brillantes. La Volvo P1900 en est un exemple parfait.






