
Bienvenue au Club MATRA Forever




Lancia Beta HPE
le break qui voulait vivre comme un coupé
En 1975, la Lancia Beta HPE est présentée au public. Trois portes, une ligne basse, un hayon et une vraie capacité à transporter autre chose que le portefeuille du conducteur ou le maillot de bain de la passagère. Lancia laisse ça aux possesseurs de 911. La HPE, c’est une drôle de machine, à une époque où l’on n’avait pas encore décidé que chaque automobile devait rentrer dans une case bien propre.
HPE signifie High Performance Estate. En français : break performant. Sur le papier, ça ressemble à une réunion de marketing qui aurait mal tourné. Dans la réalité, c’est nettement plus intéressant.
Parce que la Lancia Beta HPE n’a pas vraiment la tête d’un break. Elle ressemble plutôt à un coupé qui aurait fini par accepter les contraintes de la vie quotidienne. Avec quelques conditions, tout de même : pas question de sacrifier la ligne pour caser la poussette et les sacs de courses.
Un coupé qui aurait accepté les bagages
La Beta HPE apparaît donc au Salon de Genève, en mars 1975. Lancia a déjà décliné sa Beta en berline, coupé et Spider. Il manquait encore une proposition capable de transporter des bagages sans donner l’impression que son propriétaire avait renoncé à toute ambition esthétique. C’est la HPE qui s’en chargera.
Le dessin, signé Pietro Castagnero au sein du bureau de style Lancia, reprend la partie avant de la gamme Beta et la prolonge par une carrosserie à hayon. Trois portes, une ligne tendue, un arrière généreux : la recette est assez simple, mais le résultat ne ressemble pas à une berline à laquelle on aurait greffé un coffre en urgence.
La banquette rabattable permet de faire passer le volume de chargement d’environ 300 à 1 200 litres. De quoi envisager un vrai départ en week-end, sans devoir abandonner la moitié des bagages sur le trottoir.
Évidemment, il ne faut pas confondre la HPE avec un déménageur. Elle n’a jamais été conçue pour transporter une armoire normande, trois enfants et les regrets d’un divorce. Son idée est plus subtile : offrir une voiture élégante et suffisamment pratique pour que le plaisir de conduire ne s’arrête pas au moment de charger les valises.
Elle rejoint ainsi cette famille assez particulière des breaks de chasse, où la fonction utilitaire doit rester présentable en société. Une catégorie dans laquelle la Volvo P1800 ES et la Reliant Scimitar ont également laissé leur empreinte.
Du double arbre, pas du mobilier roulant
Sous le capot, la Lancia Beta HPE ne se contente pas de jouer les belles plantes. Au lancement, elle reçoit des quatre-cylindres de 1,6 et 1,8 litre, développant respectivement autour de 100 et 110 chevaux selon les versions et les marchés. Dès la fin de 1975, le deux-litres vient remplacer le 1,8 litre sur les versions européennes, avec une puissance d’environ 120 chevaux.
Ces moteurs à double arbre à cames en tête sont issus de la tradition mécanique d’Aurelio Lampredi. Voilà qui change un peu du break familial condamné à faire la navette entre l’école, le supermarché et le contrôle technique.
La HPE revendique une vraie ambition de grand tourisme. Elle n’est pas une voiture de course déguisée, mais elle possède une mécanique qui donne un peu de substance à son nom. Et c’est heureux : appeler une voiture High Performance Estate pour lui coller un moteur de tondeuse aurait tout de même manqué d’ambition.
Au fil de sa carrière, la gamme évolue. Les moteurs, les équipements et l’habitacle sont remaniés. Les versions tardives adoptent notamment l’injection sur le deux-litres. Lancia affine la recette sans renier le principe de départ : une automobile capable de voyager vite, confortablement et avec quelques bagages à bord.
Volumex : la pression monte
En 1983, la Beta HPE reçoit une déclinaison qui mérite qu’on s’y attarde : la Volumex.
Lancia choisit un compresseur volumétrique de type Roots plutôt qu’un turbocompresseur. L’objectif est de privilégier une réponse rapide et une disponibilité du couple à bas et moyen régime. La puissance grimpe à 135 chevaux.
Ce n’est pas le genre de chiffre qui fera trembler les supercars modernes. Mais dans une voiture de cette époque, le compresseur apporte du caractère et une façon bien à lui de délivrer la puissance. Pas besoin d’attendre que le turbo se réveille en prenant son café : la poussée est disponible plus tôt.
La Volumex reçoit aussi quelques signes distinctifs, dont un capot modifié et des éléments aérodynamiques spécifiques. Elle ne transforme pas la HPE en voiture de rallye, mais elle lui donne un supplément de tempérament. Et un nom qui sonne presque comme une menace adressée aux berlines bourgeoises du quartier.
Le compresseur volumétrique n’est d’ailleurs pas une lubie isolée chez Lancia. On le retrouve également sur la Lancia Rally, connue en compétition sous le nom de 037. La HPE Volumex profite ainsi d’une technologie qui a aussi servi une voiture autrement plus radicale.
Une Lancia de son époque. Avec les qualités et les casseroles.
La Beta est un produit de la Lancia d’après son rachat par Fiat. La marque élargit alors sa gamme et multiplie les déclinaisons autour d’une même base technique. Berline, coupé, Spider, HPE : la famille Beta couvre large, sans que tous ses membres aient exactement la même personnalité.
La Lancia Beta HPE occupe une place à part. Elle n’est ni la plus conventionnelle ni la plus spectaculaire. Elle se contente de proposer une idée qui paraît aujourd’hui presque évidente : une voiture qui a de l’allure, qui roule avec entrain et qui ne vous oblige pas à choisir entre partir en vacances et emmener autre chose qu’un sac de sport.
Sa carrière s’étend jusqu’en 1984. Environ 71 000 exemplaires auraient été produits toutes versions confondues, selon les historiques spécialisés. Ce n’est donc pas une automobile fabriquée à trois exemplaires dans une arrière-cour de Turin. Mais elle est devenue bien moins familière que certaines de ses contemporaines.
Et puis il y a la corrosion.
La famille Beta traîne une réputation particulièrement tenace sur ce terrain. La rouille a largement contribué à ternir son image et à faire disparaître de nombreux exemplaires. Aujourd’hui, l’état de la carrosserie, la qualité des réparations et l’historique de l’auto méritent donc une attention sérieuse.
Une HPE rutilante sur les photos peut cacher une réalité nettement moins glamour. La peinture neuve ne constitue pas une garantie contre la corrosion, pas plus qu’un vendeur enthousiaste ne remplace un examen minutieux. Dans le monde des anciennes, le brillant est parfois une qualité. Parfois, c’est simplement une stratégie.
Alors, c’est quoi, une Lancia Beta HPE ?
Un break ? Oui, si l’on s’en tient à la définition la plus large. Un coupé ? Elle en a l’allure et une partie de l’esprit. Une sportive ? Elle en possède certaines ambitions, surtout dans ses versions les plus musclées. Une familiale ? Elle peut rendre service, à condition de ne pas lui demander de jouer les utilitaires de chantier.
La Beta HPE est surtout une voiture qui refuse de choisir son camp.
Elle permet de voyager avec des bagages sans adopter la silhouette d’une familiale conventionnelle. Elle offre une mécanique intéressante sans prétendre être une voiture de course. Et elle possède cette élégance italienne un peu particulière, celle qui donne parfois l’impression que même les objets pratiques devraient avoir une vie sentimentale.
La HPE n’a pas inventé le break de chasse. Mais elle en a donné une interprétation typiquement Lancia : un peu de style, un peu de technique, une bonne dose de pragmatisme et suffisamment de caractère pour ne pas se fondre dans le décor.
Elle avait compris une chose que l’industrie automobile a mis du temps à reprendre à son compte : on peut vouloir une voiture qui a de l’allure sans accepter de voyager avec une brosse à dents et une paire de chaussettes dans le coffre.
Reste une question, finalement assez actuelle. Quand on cherche une ancienne pour rouler, voyager et profiter d’une mécanique intéressante, faut-il forcément se tourner vers le coupé attendu, celui dont tout le monde connaît le nom et la cote ? Ou peut-on trouver son bonheur dans une voiture qui a choisi de ne pas se laisser ranger ?
La Lancia Beta HPE mérite au moins qu’on lui pose la question….
La HPE VX est équipée d’un quatre-cylindres essence de 1 995 cm³, à double arbre à cames en tête, associé à un compresseur volumétrique Roots. Celui-ci fournit une suralimentation mécanique, différente de celle d’un turbocompresseur. La puissance annoncée est de 135 ch à 5 500 tr/min, avec un couple d’environ 206 Nm
à 3 000 tr/min selon les fiches techniques consultées.
La transmission est une traction avant, avec une boîte manuelle à cinq rapports. Les données publiées indiquent une vitesse maximale d’environ 200 km/h et un 0 à 100 km/h autour de 9 à 9,5 secondes



